[Mansa-l] CFP - AAC

Barbara G Hoffman b.hoffman at csuohio.edu
Mer 5 Avr 09:16:43 CDT 2017


Pour toute question, veuillez écrire Mahir SAUL (m-saul at illinois.edu)


Voltaïques en révolte :
Insurrections, grèves, révolution(s) en Haute-Volta/Burkina Faso
Journées d’études
25 et 26 octobre 2017
Paris

Abstract submission : June 15, 2017

Appel à communications
Près d’un siècle après la guerre anticoloniale d’octobre 1915, l’insurrection
populaire des 30 et 31 octobre 2014 qui renversa le pouvoir autocratique
de Blaise Compaoré, par son ampleur et sa détermination, est venue
rappeler une constante de l’histoire politique de la Haute-Volta devenue,
depuis la révolution sankariste, le Burkina Faso, la patrie des hommes
intègres. En effet, dans le sillage des luttes contre la conquête coloniale
française, c’est d’octobre 1915 à novembre 1916 que se déroula une grande
guerre anticoloniale, le bona kele, une insurrection massive des populations
qui fut sans doute la plus grande résistance armée contre la domination
coloniale en Afrique sub-Saharienne. Cette gigantesque révolte armée qui
mobilisa près d’un million d’insurgés issus d’ethnies et de religions
différentes est restée paradoxalement peu connue, même parmi les élites
politiques du pays. Durant toute la période d’occupation coloniale, les
historiens mentionnent, sur ce territoire, de nombreuses luttes
d’opposition à la domination française. A travers les contrées de cet espace
qui deviendra la Haute-Volta, puis le Burkina Faso les populations
manifestèrent une opposition à la conquête et à l’administration coloniale :
des bien connues « populations récalcitrantes » du lobi à la contestation
dès les années trente des injustices par les premiers employés africains, la
« pacification » restera émaillée de contestations, de rébellions, de grèves et
d’oppositions individuelles et collectives.
A mesure que se déroule l’histoire du pays, celle-ci révèle la formation
de coalitions oppositionnelles à l’ordre colonial, à l ‘ordre politique établi
par la force. D’abord, celle qui fut constituée par les syndicats, les chefs
traditionnels et les partis politiques tel que le RDA devrait mobiliser de
nombreuses populations pour réclamer la réunification en 1947 de la
colonie dissoute en 1932, et puis l’indépendance de la Haute-Volta. En effet,
durant la décade précédant l'indépendance, les années 50, il eut en Haute2
Volta, une très forte contestation du pouvoir colonial en écho avec les
mouvements anticoloniaux qui se manifestaient alors en Côte d'Ivoire
voisine et dans le reste de l'Afrique Occidentale Française. Ces
mouvements, comme c’est souvent le cas dans les périodes de
soulèvements politiques, ont été les conséquences d’un approfondissement
des clivages sociaux profonds qui exacerbaient les contradictions de la
société coloniale. Bien que les mouvements politiques de cette période ne
soient ni armés, ni facteurs de changements politiques significatifs, cette
décade contestataire s’étant close avec l’installation de gouvernements
néocoloniaux, à cause de l'effervescence populaire qui l'a marquée, est
qualifiée par de nombreux acteurs de l'époque de « révolutionnaire ». Une
exploration plus attentive de cette période d’intensification de l’opposition
à l’ordre colonial est plus que nécessaire pour comprendre les dynamiques
politiques qui lui succèdent.
Bien que cette lutte pour l’indépendance ne prit pas ici la forme de la
lutte armée, elle fut toujours le résultat d’une contestation de l’ordre
colonial et de l’affirmation d’une identité collective dont la documentation
et l’analyse revêtent un grand intérêt en ces périodes de délitement social.
L’espace social et politique qui émerge avec l’acquisition de l’indépendance
politique sera régulièrement secoué par les luttes politiques, syndicales
(d’étudiants et de salariés) aux multiples obédiences et qui réclament une
réorganisation ou une consolidation de la structuration de la communauté
nationale. L’on comprend bien que cet espace émergent du « commun » est
aussi un lieu d’expression de singularités professionnelles, territoriales et
sociales qui s’affirme comme un passage obligé vers le renforcement de la
Nation. Le soulèvement du 3 janvier est emblématique à cet égard tant il
met en branle les forces sociales constituées qui revendiquent chacune un
ordonnancement particulier de la société, de la nation voltaïque en
construction. Les premières décennies de l’après indépendance sont riches
en formation d’organisations politiques, de syndicats et d’affrontements
politiques constants. Il est important d’identifier les acteurs individuels et
institutionnels de cette arène politique dynamique ainsi que la singularité
des idéologies qui les animent. Bien que les organisations impliquées dans
ces combats politiques soient connues, il reste à montrer les modalités de
leurs enracinements populaires, leurs compositions sociales, le périmètre
des coalitions revendicatrices et la perspective sociale, la finalité politique
des luttes dans lesquelles elles s’engagent. Dès cette époque, l’idée de
révolution apparaît et se diffuse dans le pays.
Cette idée de transformation est déjà plurielle : il y a plusieurs
perspectives révolutionnaires qui se manifestent et se répandent dans la
jeunesse, les syndicats et les partis politiques. Elles s’incarnent dans des
organisations syndicales et/ou politiques, des grèves, des manifestations,
des textes et jusque dans des comportements sociaux caractéristiques. Le
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dynamisme des mouvements contestataires se manifeste également par
l’usage, désormais traditionnel dans le pays, de diffusion des « tracts » dans
l’espace public comme moyen, individuel ou collectif, d'expression et
d'interpellation politiques. Il est évident que la recherche devrait porter
une plus grande attention à ces modes populaires de prise de parole
politique car c’est par eux que peut aussi s’observer l’architecture de
l’espace public. Mais il est également important de repérer les dispositifs de
répression de cette prise de parole, leur organisation et leur légitimation.
Des configurations radicales émergent et s’activent ; elles contestent,
s’insurgent, s’élargissent et se replies. Face à la contestation « radicale »
des forces conservatrices s’activent également et tentent d’imposer une
direction opposée à la formation sociale. Le système social tout entier est
saisi par cette dynamique dont il importe de comprendre les racines, les
tensions qu’elle engendre et les dénouements qui lui sont imposés. Une
révolution survint, celle du Capitaine Thomas Sankara et ses compagnons.
Au nom d’une autre conception de la Révolution, celle-ci est contestée,
combattue. Au nom d’une autre idée des rapports politiques cette
révolution qui se veut triomphante est abattue. Se pose alors la question
des relations entre cette sphère politique et économique qui se dit
indépendante et des puissances plus globales, hégémoniques. Un cycle de la
rectification s’ouvre avec ses promesses de richesse, de puissance et de
répression pour l’élite dirigeante. Face à la puissance de l’argent et à la
force des armes, des révoltes couvent, font périodiquement éruption, se
meuvent en « marches », font grève et revendiquent une autre organisation
de la société. Une contestation qui entre en résistance, qui s’organise dans
les partis politiques, les syndicats, les associations et propose un discours
critique. Des individus, comme le journaliste Norbert Zongo, s’engagent au
péril de leur vie et la société dite civile s’ébranle dans une vague
contestataire, la mobilisation est massive. En octobre 2014, le tout puissant
Capitaine Blaise Compaoré est chassé par une grande vague de colère
populaire, par une insurrection populaire inédite. Nombreux sont les
observateurs surpris par cette mobilisation populaire organisée et
déterminée.
Les journées d’études auront pour objectif d’engager une réflexion
collective sur les modes et logiques des contestations collectives qui ont
scandé l’histoire politique du Burkina Faso. Les derniers évènements
survenus en Afrique placent au centre des études en sciences sociales la
question des mobilisations politiques massives. Quels sont les ressorts
historiques et sociaux qui sont au principe des contestations politiques ? En
effet, la fécondité heuristique d’une telle démarche dépend de l’épaisseur
historique qu’on lui donne. C’est la raison pour laquelle nous posons
l’hypothèse que pour comprendre le présent il est indispensable de
reconstituer l’enchainement historique des évènements passés, de chercher
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à comprendre le sens et les voies du cumul des revendications collectives,
d’en reconstituer la dynamique, les conversions et leurs épuisements
politiques. Afin de resituer chaque fait étudié dans l’ensemble des
articulations contemporaines du politique au Burkina Faso, il est nécessaire
de remonter le cours historique des interventions et d’en relever leurs
fonctions sociales, leurs modes d’extension parmi les populations et les
conditions du rejet éventuel par ces dernières des propositions politiques.
Cette discussion qui ne devrait connaître aucune limite disciplinaire
verra s’associer dans la même quête de connaissances sur la société
burkinabé les politistes, les sociologues, les anthropologues, les historiens,
les philosophes ainsi que des personnalités témoins des évènements
relatés. De même, l’indispensable comparaison commande que les études
de cas burkinabé puissent être confrontées à d’autres expériences de
révoltes survenues dans d’autres régions d’Afrique et d’ailleurs.

Les propositions de communications sont à envoyer à l’adresse
suivante : revoltevoltaique at gmail.com
Le calendrier des journées sera le suivant :
15 juin : réception des propositions ;
15 juillet : annonce de la sélection des propositions ;
15 octobre : réception des textes rédigés ;
25 et 26 Octobre 2017 : journées d’études.

Organisateurs :
Mahir Saul, Université de l’Illinois (Urbana-Champaign), USA
Alain Sanou, Université de Ouagadougou, Pr Joseph Ki-Zerbo, Burkina Faso
Habibou Fofana, Université Ouaga II, Burkina Faso
Anne Piriou, IMAF, France
Jean-Bernard Ouédraogo, IIAC, Cnrs, France




Barbara G. Hoffman, Ph.D.
Professor & Director of Anthropology
President, Mande Studies Association (MANSA)
Director, Visual  & Linguistic Anthropology Center
Department of Criminology, Anthropology, & Sociology (CAS)
Cleveland State University
Cleveland, OH 44115
Voicemail: 216.687.3549
Fax: 216.687.9384


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